Les peuples de Dora.
Les Français.
La plus grande partie des déportations de France en Allemagne, en dehors de celles de juifs déportés comme tels depuis le camp de Drancy, a pour origine le camp de Compiègne.

Tous n'arrivent pas vers les grands camps. Certains appartiennent à la catégorie des "NN", "Nacht und Nebel", conformément au décret du 7 décembre 1941. Ce décret vise une partie des résistants arrêtés dans les pays occupés de l'ouest. "Nuit et brouillard" signifie la disparition dans le secret des prisons, sans aucunes informations ni nouvelles possibles. Ce décret ne touche pas l'ensemble des détenus des camps.

A partir de juin 1943, les déportés de Compiègne arrivent à Buchenwald et une forte proportion d'entre eux est transférée à Dora entre septembre 1943 et mars 1944 immatriculés de 50000 à 53000. Puis en août 1944 arrivent de la gare de Pantin les  76000, 77000, 78000 extraits de la prison de Fresnes. De Dora, ils seront rapidement transférés à Ellrich.

Les Alsaciens et les Lorrains et le camp de Struthof
Professeurs et étudiants de l'université de Strasbourg, pourtant repliée à Clermont Ferrand en 1939, font les frais des occupants allemands. Une première rafle a lieu le 25 décembre 1943, une autre le 25 novembre de la même année. Le professeur Charles Sadron, parmi d'autres, est arrêté et déporté de Compiègne vers Dora.

Les Alsaciens et mosellans arrêtés sont considérés comme des Volksdeutsches mais se font reconnaître comme Français dans le camp avec le F sous le triangle rouge dans le camp du Struthof. Ce camp du Deutsches Reich, dans la délimitation de l'époque, est établi en altitude dans les Vosges alsaciennes. Proche de la commune de Natzwiller, le camp a la réputation d'être très dur. Il a des Kommandos extérieurs comme celui de Sainte Marie aux Mines ou ceux de la vallée du Neckar. Le camp détient des nationalités variées. Il est évacué sur Dachau en août septembre 1944. Il est libéré par les Américains le 23 novembre.

Les prisonniers de guerre italiens.
Septembre 1943, le gouvernement de Badoglio conclut un armistice avec les Alliés. les Allemands désarment tous les soldats italiens dans les territoires qu'ils contrôlent encore; Italie et une partie des Balkans comprises.

Prisonniers de guerre destinés au Stalag, 748 Italiens échouent à Dora entre le 14 octobre et le 2 novembre 1943. Ils ont leur Block - le 18-; leur uniforme, leur immatriculation propres (série des 01). Pour avoir refusé de produire des V2, 6 d'entre eux sont fusillés en décembre 1943. 264 détenus sur les 748 ne sont jamais rentrés.

Les Juifs hongrois et les Tsiganes.
Originaire de Transylvanie, les juifs hongrois arrivent à Dora en mai-juin 1944, après une sélection à Auschwitz. Les premiers juifs hongrois sont d'abord employés à l'aménagement du camp.: transports d'éléments des baraques, achèvement de la place d'appel. Ils sont brutalisé par la SS, par les Verts Allemands. Ils le sont aussi par leur propres Kapos. Ils subissent des brimades particulières.

"A l'intérieur du camp, la baraque des juifs était spécialement entourée de barbelés (...) Une cour était dans l'emprise des barbelés; au milieu était planté un poteau; la cour était en pente. après la journée de travail, les Juifs étaient encore astreints à tourner autour de ce poteau, marchant d'autant plus vite qu'ils étaient éloignés du poteau. A les voir, il était évident que tous ne sortiraient pas vivants de l'épreuve."

André SELLIER, Histoire du camp de Dora, op.cit, p.133.

Après un séjour limité à Dora, un certain nombre de  Juifs sont transférés à Harzungen et à Ellrich. Tandis que d'autres sont affectés au Tunnel ou  au déchargement des wagons. Les juifs hongrois seraient les seuls envoyés à Dora pour y travailler.

Les Tsiganes arrivent à Dora l'été  1944 après une sélection à Auschwitz. Ils sont d'origine Allemande. Dès la fin de l'année, ils sont transférés à Ellrich ou à Harzungen.