L'Enfer de Dora
Les dortoirs du Tunnel.
Octobre 1943, les halls 43 à 46 sont aménagés en dortoirs. Cette installation durera jusqu'en mai 1944 pendant plus de 7 mois. Les quatre halls concernés  sont sur la droite à l'extrémité du Tunnel A dont le creusement se termine.

Ils sont réservés au logement des détenus alors que les Halls précédents constituent l'usine. Après la disparition des dortoirs en été 1944, la fabrication des V1, ces avions au pilote automatique, y sera assurée.

Après l'entrée du hall 46 commence le chantier du creusement qui se poursuit 24 heures sur 24 en deux équipes de 12 heures. C'est aussi le rythme de l'usine, de telle sorte que les dortoirs sont occupés en permanence.

Les dortoirs n'échappent pas à la poussière, au bruit des perforatrices, aux explosions, à la circulation des wagonnets chargés de pierres. Pendant cette période, il n'y a pas d'eau courante dans le Tunnel. Cela signifie l'impossibilité de se laver ou de boire autre choses de liquide que la soupe. Il n'y a pas plus de latrines ou de sanitaires. Les détenus ont recours à des demi-fûts avec une planche installés dans le Tunnel A, devant les dortoirs. Un Kommando spécial est chargé  de faire les tinettes (latrines) au risque d'attraper le typhus ou la dysenterie.


Fusain de René Souquet (39627) montre l'entassement des châlits dans les galeries en cul de sac, constituant les "dortoirs" du Tunnel.
Source: André Sellier, op.cit., p294


"La corvée de merde": les détenus sortent les tinettes-demi-fûts- faisant office de toilettes dans le Tunnel.
Dessin de Maurice de La Pintière
Source: Yves LE MANER, André SELLIER, Images de Dora. Voyage au coeur du IIIe Reich, 2003.

Au premier trimestre 1944 sur 12000 détenus à Dora, 10000 logent dans le Tunnel. Les quatre dortoirs comportent donc en permanence 5000 détenus au moins. Les dortoirs avaient 120 mètres de long sur 12 mètres de large et 9 mètres de haut. l'entassement qui en découle y est à peine imaginable dans cette atmosphère confinée et humide propice aux maladies, aux poux.

" Au début je n'en trouvais que quelques-uns (des poux) dans les plis de la chemise ou les coutures du caleçon. (...)mais compte tenu de nos conditions d'hygiène ils se sont multipliés avec une telle rapidité qu'(...) il n'y avait déjà plus rien à faire. J'avais la chance d'avoir un pull-over en laine (...) j'ai dû m'en débarrasser, il y avait presque autant de poux que de mailles."

Paul Butet, ancien détenu.

Pour finir les poux gagnent les SS et les civils allemands. Les autorités décident alors d'une désinfection générale qui démarre le 29 février 1944 et dure plusieurs jours faisant plusieurs dizaines de victimes.

désinfection

Charles Sadron, un des derniers arrivés à Dora raconte (cliquez sur le dessin)