Le Revier de Dora
Le Revier
Tous les camps de concentration ont une sorte d'hôpital appelé le Revier ou HKB "Häftlingskrankenbau". La qualité d'un Revier dépend étroitement du personnel qui le compose: médecins SS ou issus des détenus et kapo, compétence des infirmiers détenus qui y exerçaient. De toute façon, les soins ne pouvaient être que rudimentaire dans la mesure où médicaments et équipements faisaient défaut.

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Les blocks du Revier,
Anne Le Fur.


Dessin d'André Guichard, les baraques du Revier. On y trouve les malades et les "musulmans" ceux qui sont au bout du rouleau.


Les morts du Revier sont transportés quotidiennement au crématoire à l'aide d'une brouette.

Groeneveld, médecin hollandais.
Né en 1907, Groeneveld s'installe comme médecin à Nimègue en 1935.Il s'engage en Résistance pendant la guerre, est arrêté et s'évade. Il cherche à gagner les Pyrrénées, mais il est arrêté de nouveau dans le métro de Paris au coours d'une rafle en novembre 1942. Après une emprissonement à Paris, il est transféré à Compiègne au printemps 1943 avant d'être déporté en juin à Buchenwald. Il reçoit le matricule 14340 avant d'entrer à Dora comme infirmier au Revier en août 1943.

Il parvient à se faire reconnaître comme médecin. Après lui arrivent des Tchèques et des Français mais son autorité subsiste du fait de sa compétence et de sa gentillesse.

Entrer au Revier et en revenir.
Un poète anonyme nous laisse ses impressions sur l'attente au Revier.

"Revier

Dans l'eau boueuse où le pied sombre
L'atroce file des mourants
Toussant crachant et soupirant
Porte au Revier des maux sans ombre

Le dos courbé sous la matraque
Pieds nus et grelottant de froid
Les plus chanceux gagnent le droit
De se glisser dans la baraque

Et la foule qui s'agite
Pousse un râle hallucinant
C'est la plainte d'un continent
Angoissante cosmopolite

Et l'atmosphère se sature
De la puanteur d'excréments
De ghetto de médicaments
De cadavre et de pourriture".


Dessin de la Pintière: file de malades quittant le Tunnel pour se rendre au Revier dans l'espoir d'être soignés.
Source: André SELLIER, op.cit.

L'accès au Revier est difficile et il faut d'abord passer par l'infirmerie du Tunnel pendant un certain nombre de semaines.  Pour être considéré comme véritablement malade, il ne fallait pas avoir en dessous de 39° de fièvre. Pendant longtemps un 1er tri a été fait sur cette base.
Une fois à l'intérieur, le détenu reçoit des soins pour la dysenterie, la pneumonie soignée parfois sans médicament mais avec du lait. Parfois de petites interventions chirurgicales ont lieu... Généralement, le détenu n'a que deux possibilités: mourir ou se rétablir rapidement. Pour beaucoup le Revier est l'antichambre du crématoire, les autres iront au Schonung, la baraque de convalescence, qui a également son lot de victimes affaiblies.

Le Schonung.
Fliecx et Dutillieux vont au Schonung après leur passage au Revier.
« Fini l'hôpital! On m'envoie au Schonung. Il n'est plus dans les petites baraques, mais dans un Block du nouveau camp. On couche sur de la paille à même le plancher. [...] Nous restons assis des journées entières sur des tabourets, tant qu'à la fin les fesses nous font mal ; mais nous sommes contents tout de même de ne pas être au travail. [...] Le gardien est un Tchèque, Victor, qui hurle stupidement du matin au soir. [...] Pendant quelque temps, je reste au Schonung. Puis je redescends au Tunnel ". »
« La sortie du Revier, c'est donc le crématoire ou le Schonung, la baraque de repos, de convalescence. [...] À gauche de l'entrée, on pénètre dans une grande salle sans aucun mobilier. Une centaine de "convalescents" y sont entassés. La nuit, tous ces corps allongés couvrent entièrement le plancher. [...] Le matin, on sort les cadavres que l'on jette, en tas, devant la baraque, où un Kommando spécialisé, les Totenträger, viendra les ramasser
. [...] Quant à la grande salle qui se trouve à droite de l'entrée, je n'y ai jamais pénétré. Je sais seulement qu'elle est bien pire que celle dans laquelle je suis au repos. Elle est exclusivement réservée aux diarrhéiques. (...)
« Plusieurs fois par semaine, un médecin du camp, un détenu, se rend à la baraque du Schonung et désigne, après un examen sommaire, ceux qui sont assez valides pour retourner au travail. J'ai eu la chance d'avoir affaire à un médecin français. [...1 Le toubib me demande si je veux tirer huit jours de plus au Schonung. [...1 Mais huit jours passés dans cet enfer m'ont suffi. [...] Je rentre donc au Tunnel.
»

Source: André SELLIER, Histoire du Camp de Dora, op.cit., p89.