Les marches de la mort.
Les évacuations

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Anne Le Fur, la carte de l'évacuation Dora-Bergen-Belsen,
Source, André SELLIER, op.cit., p.513

L'évacuation des camps de Dora, d'Ellrich, et de Harzungen a lieu les 4 et 5 avril 1945. elle est assurée par des convois ferroviaires principalement qui partent des gares d'Ellrich, de Woffleben, de Niedersachswerfen et de Dora Neuf convois sont parfaitements identifiés et six d'entre eux parviennent finalement jusqu'à Bergen-Belsen, qui ne semble pas être le lieu de destination finale.


évacuation du camp de Dora en avril 1945. Il s'agit d'un convoi entre Dora et Bergen-Belsen qui a erré 5 jours.
Dessin de Léon Delarbre.
source: André SELLIER, Histoire du camp de Dora, op.cit. p.290

L'enfer des marches de la mort
Il y a entre 150 et 170 km à vol d'oiseau entre Dora et Bergen Belsen. Mais l'évacuation des colonnes de détenus à marche forcée puis par train représente au moins 6 jours de voyage. D'autant que les affrontements, les opérations militaires Alliées compliquent la situation pour les Allemands.

Les longs périples sont évidement vécu très différemment selon l'état de santé des détenus. Par ailleurs, la ration alimentaire distribuée à Dora ou Ellrich est largement insuffisante: une boîte de conserve et un gros pain doivent permettre de tenir 3 jours. La faim ne fait qu'affaiblir un peu plus les détenus les plus atteints. La dysenterie et les troubles pulmonaires font des ravages. Dans les trains, les détenus meurent par dizaines. Les cadavres du convoi sont enterrés le long des voies dans de vastes fosses.

Enfin, la marche pour arriver à Bergen-Belsen est une épreuve pénible pour beaucoup. C'est ce que rappelle un témoin: "Je me vois encore débarquant à je ne sais quelle gare, sur un quai qui n'en finissait plus. Par cinq, nous prîmes la direction du camp (...) Plusieurs de ceux qui formaient ce convoi n'arrivèrent pas à destination. Malheur à celui que ces forces trahissaient, il était impitoyablement abattu par les SS. Jusqu'au bout leur férocité devaient s'exercer sur nous. Il n'y avait rien à attendre d'eux."
André Sellier, op.cit, p.325.

Pour d'autres kommandos rejoignant Bergen Belsen, les marches peuvent être de 30 à 40 km par jours (kommandos de Kleinbodungen).

 
Les Marches de la mort
 Musée de Buchenwald-Dora


Mort au bord de la route,
Dessin de Léon Delarbre.

L'arrivée dans les casernes de Bergen-Belsen
Les détenus ne vont pas dans le camp de concentration mais dans un camp de casernes qui est un camp extérieur de celui de Bergen-Belsen. Il se constitue alors des Blocks par groupe ethniques. Les détenus sont livrés à eux mêmes en dehors des appels qui ont lieu jusqu'au dernier jour.

La libération de Bergen-Belsen intervient le 15 avril 1945 par les troupes britanniques qui ont négocier avec Himmler la prise en charge du camp le 11 avril 1945. Suit alors une purge du camp par les anciens détenus russes qui massacrent sur place les Kapos, chefs de Blocks, Vorarbeiter etc.

Le camp de Bergen est évacué le 6 mai 1945 et détruit au lance-flamme par les britanniques en raison d'une épidémie de typhus le 22 mai. Un obélisque commémoratif a été érigé en mémoire de 23200 victimes du camp principal.

La tragédie de Gardelegen
Du 10 au 12 avril 1945, le convoi initialement parti de Niedersachswerfen vers Ellrich le 6, puis prenant la direction de Bergen-Belsen, fait halte à Gardelegen. Une attaque alliée stoppe la colonne de détenus. La double offensive américaine au sud et au nord fait de Gardelegen un véritable "chaudron" où l'aviation alliée est active. 2 convois de détenus sont bloqués. Des évasions nombreuses se produisent tandis que la SS lance une véritable chasse à l'homme.

Le jeudi 12, le Kreisleiter (responsable directement à la suite du Gauleiter-gouverneur d'une région-) Gerhard Thiele souhaite faire disparaître le millier de détenus avant que l'armée américaine ne l'emporte.

Le vendredi 13 avril, la colonne est dirigée vers la grange de Gardelegen sur la proposition de Mme Bloch von Blochwitz alors âgée de 80 ans et châtelaine du pays.

A partir de 19 heures, la colonne de détenus et de malades s'engage dans cette grange. Il y a de la paille sur un mètre de hauteur, imbibée d'essence. Trois SS mettent le feu à l'ensemble et enferment les détenus. Ceux qui cherchent à sortir sont abattus Il y eut trois rescapés Français parmi les huit qui se sont protégés sous les cadavres des fuyards à l'entrée de la grange. Il y eut ce jour 1016 victimes.

Le 15 l'armée américaine est sur les lieux et découvrent l'horreur de la tragédie. Le major Keating envisage de faire bombarder la ville à titre de représailles. Les autorités religieuses (protestantes) de la ville parviennent à l'en dissuader. Elles n'étaient cependant pas intervenue auprès de Thiele pour empêcher cet acte de barbarie. La population de Gardelegen doit défiler devant les cadavres, fournir les linceuls, être présents lord de l'inhumation où les honneurs militaires sont rendus aux victimes.

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Victimes de la grange de Gardelegen,
Musée de Dora, National Archives Washington.
1016 victimes, 8 rescapés.