Devoir de Mémoire


Mémorial devant le four crématoire de Dora
Source: Association Buchenwald-Dora

Le silence qui s'est abattu sur le camp de Dora dès la Libération est le fait "des Américains qui se sont retirés sans faire cas de ce qu'ils  avaient pu voir mais non sans avoir récupéré, ce qui violaient les accords de Yalta, une centaine de V2 et nombre de documents (...), et des soviétiques (...) qui ont utilisé l'usine pendant deux ans et demi (...) Et pourtant leur Spoutnik est né là bas, la fusée qui l'a lancé ayant été créée à partir des moteurs-fusées quasiment identiques à ceux de la V2."

La tragédie étouffée de Dora tient enfin à un fait occulté: "Il ne fallait pas toucher à la respectabilité de Werner von Braun (...) l'homme essentiel de la conquête de l'espace par les États-Unis, celle de la Lune en particulier (...)ancien directeur technique du programme des V2 à Peenemünde et à Dora. (...) La législation qui interdisait l'entrée du territoire américain à tout individu coupable d'avoir été mêlé à la barbarie nazie était ainsi contournée"

La France qui a aussi "utilisé des savants allemands de Dora, n'a pas été plus prolixe sur ce sujet, jusqu'à une période récente".

"Dora est un maillon essentiel de la conquête spatiale (...) Alors on refoule ce souvenir comme une chose indicible. Et c'est là qu'est le scandale. Pensez donc, avec nos vingt mille morts, sacrifiés aux V1 et aux V2, nous mettons à mal une belle légende ! "

Jean MIALET, conseiller maître honoraire à la Cour des Comptes,
auteur du livre Le Déporté, la haine et le pardon, paru chez Fayard, ancien déporté de Buchenwald et de Dora
in L'Histoire, n°185, 1995, p.35.